7000 conducteurs de 85 ans et plus sur nos routes

Statistiques en hausse en Montérégie

Julie Lambert julie.lambert@tc.tc Publié le 26 février 2016

De plus en plus d’aînés de 85 ans et plus sont sur nos routes, révèlent des données de la SAAQ.

©Photo: TC Média - Pascal Cournoyer

Le nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus a grimpé de 64% en Montérégie en six ans pour atteindre 7281 conducteurs.

 

La mort tragique de Roland Cartier la semaine dernière suscite questions et réflexions sur la sécurité des aînés au volant. L’homme de 84 ans, beau-père du maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin, a été porté disparu, puis retrouvé mort gelé cinq jours plus tard près de son de véhicule enlisé dans un rang à Saint-Marc-sur-Richelieu, à 50 km de sa résidence. Il était désorienté et il se serait égaré en raison notamment des conditions météo, selon la famille et la Sûreté du Québec.

Néanmoins, l’âge des personnes n’influence en aucun cas le nombre d’accidents impliquant des personnes de 85 ans et plus, soutient le porte-parole de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), Mario Vaillancourt.

Selon les données obtenues auprès de la société d’État, le nombre de titulaires d’un permis de conduire âgés de 85 ans et plus est passé de 4451 conducteurs en 2009 à 7281 en 2014 en Montérégie.

M. Vaillancourt explique cette hausse par le vieillissement de la population. « Les jeunes obtiennent le plus fort pourcentage d’accident. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de capacité à conduire. Pour conserver son permis, une personne de plus de 75 ans doit avoir les capacités cognitives requises. »

Selon les règles de la SAAQ, les conducteurs doivent remplir un rapport médical à 75 ans, à 80 ans et aux deux ans par la suite. Cet examen médical doit être effectué par un omnipraticien et un optométriste.

En 2014, 125 667 contrôles médicaux ont été effectués pour les personnes de 75 ans et plus. Seulement 843 permis ont été suspendus à la suite de ces contrôles, souligne M. Vaillancourt.

Selon la professeure-chercheuse du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Mélanie Levasseur, les moyens de contrôle mis en place par la SAAQ sont adéquats. Ils représentent un bon équilibre entre l’absence de telles mesures et des contrôles médicaux qui seraient trop fréquents, invasifs et coûteux, souligne-t-elle.

Les mesures préventives doivent toutefois être renforcées, pense Mme Levasseur, puisque la conduite est un privilège et non un droit. Des alternatives à la conduite automobile doivent aussi être renforcées, notamment en lien avec l’apprentissage de l’utilisation du transport en commun, ajoute-t-elle.

« Chaque conducteur, jeune ou moins jeune, est responsable de déclarer à la SAAQ toute diminution de ses capacités à conduite. Il importe de sensibiliser la population aux capacités requises pour conduire et aux stratégies qui peuvent être mises en place pour prolonger une conduite automobile sécuritaire. »

Du cas par cas

Le médecin de l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôtel-Dieu de Sorel, le Dr Mathias Clavel, mentionne que deux éléments peuvent causer un retrait du permis de conduire, soit un trouble cognitif sévère ou une condition médicale définitive qui ne permet pas la conduite.

D’après le Dr Clavel, les personnes dépassant les 85 ans sont plus à risque de développer des problèmes de santé qui peuvent affecter les capacités de conduite.

« Des personnes de 85 ans peuvent être en excellente santé. C’est vraiment du cas par cas. Si on a des doutes que la situation peut être non sécuritaire, on demande à la SAAQ d’évaluer la conduite de la personne. Les citoyens, les membres de la famille ou la personne elle-même peuvent signaler un problème afin qu’une situation ou un accident soit évité », suggère-t-il.

L’histoire de M. Cartier est triste, mentionne la Dr Levasseur. Les contrôles médicaux sont très importants quand une personne vieillit, ajoute-t-elle.

« Triste situation, je suis vraiment désolée pour M. Cartier et ses proches. Le vieillissement peut entraîner une dégénérescence progressive des systèmes du corps humain qui rend les aînés plus vulnérables à ce type d’incidents et aux accidents de la route. »

Un programme intitulé Au volant de ma santé est également offert aux organismes travaillant auprès des aînés en collaboration avec la Sûreté du Québec (SQ).

L’agente de relations avec la communauté de la SQ Pierre-De Saurel, Lucie Poirier, travaille avec les organismes du milieu pour informer ceux-ci de ce programme de prévention.

« On traite de sensibilisation de la conduite au volant pour les aînés et on évalue s’ils sont à risque. Les policiers, lors de contrôles routiers, vont également faire un signalement si une personne âgée présente une conduite problématique. Ils vont évaluer la santé et la sécurité, puis informer les proches. Avec le vieillissement de la population, nous en voyons de plus en plus sur les routes », conclut-elle.

« La santé n’est pas que l’affaire des médecins » – Denise St-Pierre, de la FADOQ

Par Louise Grégoire-Racicot

 Le décès de M. Roland Cartier a ému bien des gens qui sympathisent avec sa famille. Le député Sylvain Rochon a bien traduit la réaction de plusieurs. « À la mort tragique de monsieur Cartier, nous avons songé à des amis, à des parents que l’âge rend vulnérables et à qui un tel malheur aurait pu arriver. »

Responsable du dossier des ainés au Parti Québécois, il rajoute: « On est souvent porté à plutôt considérer le sort réservé aux gens vivant dans un Centre de soins de longue durée. Mais on doit aussi s’inquiéter de ceux qui veulent continuer à vivre chez eux », souligne-t-il.

Responsabilité personnelle

Heureusement, il y a les aidants naturels et les groupes communautaires, dit la directrice adjointe au développement de la communauté à la Fédération de l’âge d’Or du Québec (FADOQ) Richelieu-Yamaska, Denise St-Pierre.

La santé des aînés n’est pas que l’affaire du médecin, dit-elle. « C’est aussi notre affaire personnelle. Il faut savoir s’observer. Voir si une nouvelle médication change quelque chose nous affecte, prendre des notes, écrire les symptômes puis en parler à son médecin et avec ses proches. »

Car les enfants ne sont pas bien préparés à devenir les parents de leurs parents. « Nous sommes pris dans le tourbillon de la vie avec notre propre famille, nos obligations et notre travail. On a toujours vu nos parents comme des personnes autonomes. On ressent toujours un choc devant un parent fragilisé. »

Heureusement, dit-elle, le milieu communautaire peut parfois suppléer, donner un répit. Des programmes comme PAIR (appels automatisés aux aînés) et la popote roulante sont des services qui permettent d’offrir une certaine qualité de vie à ses parents. Le Centre des aînés Au fil des ans de Sorel-Tracy organise aussi des conférences et activités de sensibilisation.

Nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus en Montérégie
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 Augmentation
4451 4902 5528 6006 6649 7281 - 64%
Nombre de conducteurs âgés de 75 ans et plus dans la MRC Pierre-De Saurel
-   2182 2303 2352 2470 2601 2727 25%

7000 conducteurs de 85 ans et plus sur nos routes

Statistiques en hausse en Montérégie

Julie Lambert julie.lambert@tc.tc Publié le 26 février 2016

De plus en plus d’aînés de 85 ans et plus sont sur nos routes, révèlent des données de la SAAQ.

©Photo: TC Média - Pascal Cournoyer


Le nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus a grimpé de 64% en Montérégie en six ans pour atteindre 7281 conducteurs.

 

La mort tragique de Roland Cartier la semaine dernière suscite questions et réflexions sur la sécurité des aînés au volant. L’homme de 84 ans, beau-père du maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin, a été porté disparu, puis retrouvé mort gelé cinq jours plus tard près de son de véhicule enlisé dans un rang à Saint-Marc-sur-Richelieu, à 50 km de sa résidence. Il était désorienté et il se serait égaré en raison notamment des conditions météo, selon la famille et la Sûreté du Québec.

Néanmoins, l’âge des personnes n’influence en aucun cas le nombre d’accidents impliquant des personnes de 85 ans et plus, soutient le porte-parole de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), Mario Vaillancourt.

Selon les données obtenues auprès de la société d’État, le nombre de titulaires d’un permis de conduire âgés de 85 ans et plus est passé de 4451 conducteurs en 2009 à 7281 en 2014 en Montérégie.

M. Vaillancourt explique cette hausse par le vieillissement de la population. « Les jeunes obtiennent le plus fort pourcentage d’accident. Ce n’est pas une question d’âge, mais une question de capacité à conduire. Pour conserver son permis, une personne de plus de 75 ans doit avoir les capacités cognitives requises. »

Selon les règles de la SAAQ, les conducteurs doivent remplir un rapport médical à 75 ans, à 80 ans et aux deux ans par la suite. Cet examen médical doit être effectué par un omnipraticien et un optométriste.

En 2014, 125 667 contrôles médicaux ont été effectués pour les personnes de 75 ans et plus. Seulement 843 permis ont été suspendus à la suite de ces contrôles, souligne M. Vaillancourt.

Selon la professeure-chercheuse du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Mélanie Levasseur, les moyens de contrôle mis en place par la SAAQ sont adéquats. Ils représentent un bon équilibre entre l’absence de telles mesures et des contrôles médicaux qui seraient trop fréquents, invasifs et coûteux, souligne-t-elle.

Les mesures préventives doivent toutefois être renforcées, pense Mme Levasseur, puisque la conduite est un privilège et non un droit. Des alternatives à la conduite automobile doivent aussi être renforcées, notamment en lien avec l’apprentissage de l’utilisation du transport en commun, ajoute-t-elle.

« Chaque conducteur, jeune ou moins jeune, est responsable de déclarer à la SAAQ toute diminution de ses capacités à conduite. Il importe de sensibiliser la population aux capacités requises pour conduire et aux stratégies qui peuvent être mises en place pour prolonger une conduite automobile sécuritaire. »

Du cas par cas

Le médecin de l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôtel-Dieu de Sorel, le Dr Mathias Clavel, mentionne que deux éléments peuvent causer un retrait du permis de conduire, soit un trouble cognitif sévère ou une condition médicale définitive qui ne permet pas la conduite.

D’après le Dr Clavel, les personnes dépassant les 85 ans sont plus à risque de développer des problèmes de santé qui peuvent affecter les capacités de conduite.

« Des personnes de 85 ans peuvent être en excellente santé. C’est vraiment du cas par cas. Si on a des doutes que la situation peut être non sécuritaire, on demande à la SAAQ d’évaluer la conduite de la personne. Les citoyens, les membres de la famille ou la personne elle-même peuvent signaler un problème afin qu’une situation ou un accident soit évité », suggère-t-il.

L’histoire de M. Cartier est triste, mentionne la Dr Levasseur. Les contrôles médicaux sont très importants quand une personne vieillit, ajoute-t-elle.

« Triste situation, je suis vraiment désolée pour M. Cartier et ses proches. Le vieillissement peut entraîner une dégénérescence progressive des systèmes du corps humain qui rend les aînés plus vulnérables à ce type d’incidents et aux accidents de la route. »

Un programme intitulé Au volant de ma santé est également offert aux organismes travaillant auprès des aînés en collaboration avec la Sûreté du Québec (SQ).

L’agente de relations avec la communauté de la SQ Pierre-De Saurel, Lucie Poirier, travaille avec les organismes du milieu pour informer ceux-ci de ce programme de prévention.

« On traite de sensibilisation de la conduite au volant pour les aînés et on évalue s’ils sont à risque. Les policiers, lors de contrôles routiers, vont également faire un signalement si une personne âgée présente une conduite problématique. Ils vont évaluer la santé et la sécurité, puis informer les proches. Avec le vieillissement de la population, nous en voyons de plus en plus sur les routes », conclut-elle.

« La santé n’est pas que l’affaire des médecins » – Denise St-Pierre, de la FADOQ

Par Louise Grégoire-Racicot

 Le décès de M. Roland Cartier a ému bien des gens qui sympathisent avec sa famille. Le député Sylvain Rochon a bien traduit la réaction de plusieurs. « À la mort tragique de monsieur Cartier, nous avons songé à des amis, à des parents que l’âge rend vulnérables et à qui un tel malheur aurait pu arriver. »

Responsable du dossier des ainés au Parti Québécois, il rajoute: « On est souvent porté à plutôt considérer le sort réservé aux gens vivant dans un Centre de soins de longue durée. Mais on doit aussi s’inquiéter de ceux qui veulent continuer à vivre chez eux », souligne-t-il.

Responsabilité personnelle

Heureusement, il y a les aidants naturels et les groupes communautaires, dit la directrice adjointe au développement de la communauté à la Fédération de l’âge d’Or du Québec (FADOQ) Richelieu-Yamaska, Denise St-Pierre.

La santé des aînés n’est pas que l’affaire du médecin, dit-elle. « C’est aussi notre affaire personnelle. Il faut savoir s’observer. Voir si une nouvelle médication change quelque chose nous affecte, prendre des notes, écrire les symptômes puis en parler à son médecin et avec ses proches. »

Car les enfants ne sont pas bien préparés à devenir les parents de leurs parents. « Nous sommes pris dans le tourbillon de la vie avec notre propre famille, nos obligations et notre travail. On a toujours vu nos parents comme des personnes autonomes. On ressent toujours un choc devant un parent fragilisé. »

Heureusement, dit-elle, le milieu communautaire peut parfois suppléer, donner un répit. Des programmes comme PAIR (appels automatisés aux aînés) et la popote roulante sont des services qui permettent d’offrir une certaine qualité de vie à ses parents. Le Centre des aînés Au fil des ans de Sorel-Tracy organise aussi des conférences et activités de sensibilisation.

Nombre de conducteurs âgés de 85 ans et plus en Montérégie
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 Augmentation
4451 4902 5528 6006 6649 7281 - 64%
Nombre de conducteurs âgés de 75 ans et plus dans la MRC Pierre-De Saurel
-   2182 2303 2352 2470 2601 2727 25%