EXCLUSIF: Obsédé par son « combat », Harvey revient à la charge

Julie Lambert julie.lambert@tc.tc Publié le 14 mars 2016

Le résident de Saint-Ours, François Harvey, doit respecter de nombreuses conditions de remise en liberté.

©Photo gracieuseté

ENQUÊTE. Il avait promis au juge lors de son enquête pour remise en liberté de ne plus s’impliquer dans cette cause. Mais François Harvey remet ça et a annoncé dans un courriel envoyé au journal Les 2 Rives, le 10 mars, qu'il relance le projet de « zone à défendre » (ZAD), pour lequel il s'est entraîné militairement.

Pour connaître les détails de l'histoire et les plans de François Harvey, cliquez ici.

Les policiers l’ont arrêté à son domicile de Saint-Ours, le 14 mars, puisqu’il a brisé une de ses nombreuses conditions de remise en liberté en faisant la promotion de son projet contre le pipeline Énergie Est. L’accusé devait revenir en cour le 2 mai prochain, mais il comparaîtra le 15 mars, à 11h, au palais de justice de Sorel-Tracy.

Toute une nouvelle!!!, écrit-il: « L'Étincelle (un journal révolutionnaire en ligne que dirige Harvey) annonce aujourd'hui la relance du projet de ZAD. » Une ZAD est un néologisme militant utilisé pour désigner une forme de squat à vocation politique destiné à s’opposer à un projet d’aménagement.

Et sur sa page web il ajoute: « Énergie Est ne passera jamais au Québec. Les Anglais vont devoir ravaler leur pétrole et le retourner à la terre. Nous ne les laisserons jamais faire. Jamais. Ils peuvent aller se faire foutre, eux, et tous les traîtres à la nation québécoise que sont les Trudeau, Couillard, et consorts (…) Et ce n'est pas les flics ni des procureurs pourris qui vont nous empêcher d'avancer. »

Électrochocs

La nouvelle serait moins inquiétante s'il n'était question de l'état de santé mentale de l'ex-journaliste, lequel a déjà révélé sur les médias sociaux avoir été soumis à des traitements d'électrochocs, dans le passé, en raison de sa condition précaire. Sont préoccupantes aussi les circonstances mêmes qui ont entouré les préparatifs quasi-militaires de l'opération qu'il projette toujours de mener à terme, ainsi que l'accusation d'avoir « fabriqué une substance explosive dans l’intention de mettre en place une opposition au projet Énergie Est. »

Lors de l’enquête sur remise en liberté, au palais de justice de Sorel-Tracy, la procureure de la Couronne, Marie-Josée Bergeron, a relaté que lors de l’avortement de son opération, en novembre 2015, l’accusé avait indiqué que le regroupement avait décidé de remettre le projet d'occupation « à plus tard. »

« Notre 2e tentative sera plus fructueuse (…) Je suis pacifique, mais si on m’attaque et qu’on tente de me déloger de la ZAD, je suis prêt à me défendre », avait déclaré Harvey aux policiers.

Devant le juge Denys Noël, l'agent de probation chargé du suivi de l'accusé a dit, lui, estimer que ce dernier ne représentait pas un risque à moyen terme puisqu’il avait pris "conscience de la gravité de son geste". Il pouvait cependant y avoir risque de récidive s’il demeurait "près de ce milieu".

Mais l’accusé promettait de se tenir loin du mouvement. Sa conjointe a donc accepté de déposer une caution de 1000$ en faveur de sa libération, le 8 janvier. Une promesse que son conjoint n’a pu tenir.

Cannabis et bipolarité

L’avocate de la Couronne a longuement discouru sur la problématique de consommation de l’homme de 60 ans qui souffre d’un trouble de bipolarité depuis 1978 et consomme du cannabis quotidiennement.

Cette problématique peut présenter un risque de récidive, a-t-elle dit, puisque l’accusé a des difficultés à suivre sa médication, ce qui peut déclencher des psychoses lors de la prise de stupéfiants.

Il faut savoir par ailleurs que Harvey a un antécédent de voies de fait avec une arme prohibée datant de 2013, lequel découle d’un précédent  épisode de psychose. Après hospitalisation, il avait alors été jugé non criminellement responsable de ces faits.

En janvier dernier, l'avocat de la défense, Christian Crevier, a plaidé pour que des conditions spécifiques entourent la remise en liberté de son client. Le juge Noël a tenu compte de l'absence d’antécédents judiciaires et du fait que l'accusé ne fréquentait pas le milieu criminel pour le remettre en liberté sous de strictes conditions.

« C’est plutôt un problème de santé mentale qui vous a amené à adopter cette cause fanatique et qui vous a amené à dépenser des sommes extraordinaires. La dernière fois que vous avez été remis en liberté, vous avez respecté les conditions », a noté le juge.

Certaines conditions de libération de François Harvey

- S'abstenir de consommer toute boisson alcoolisée et d'en avoir en sa possession  

- de posséder et de porter des armes offensives ou à usage restreint, ou des imitations d'arme (…) ou des substances explosives, des couteaux, des armes blanches.

- Rencontrer son médecin psychiatre et prendre la médication prescrite par son médecin.

-S'abstenir de posséder ou de faire usage de drogues, sauf sur ordonnance médicale.

-Interdiction de posséder tout équipement pouvant servir pour la défense de tout groupe pouvant s'associer: incluant équipement d'armée, bombes, poivre de Cayenne, explosif, couteaux, mèches, cocktail Molotov, masque à gaz, génératrice, tente, casque, uniforme, habit de camouflage, jumelles et <I>flairs<I>.

- Interdiction de tout contact avec les groupes environnementaux incluant le ZAD et/ou d'en faire la promotion.

- Ne pas communiquer de quelque façon que ce soit avec le ZAD.

Une mission qui l'a conduit en France

Sur les réseaux sociaux et dans de nombreux courriels, François Harvey s'affiche ouvertement comme ZADiste (de l'acronyme ZAD - zone à défendre).

Dans une déclaration écrite, la conjointe de M. Harvey qualifie l’homme d’"activiste révolutionnaire et d’anarchiste". Elle raconte que dans les derniers mois, l’accusé a appris l’existence des ZAD et s’est rendu en France pour un séjour de plusieurs semaines en septembre, lors duquel il s'est familiarisé avec les techniques d'occupation.

Un citoyen français aurait séjourné chez Harvey le mois suivant.

Ces rencontres auraient encouragé l'ex-journaliste à poursuivre son projet, selon sa conjointe. Elle l’aurait vu fabriquer des cocktails Molotov et était au courant qu’il gardait dans son cabanon plusieurs objets destinés au combat.

Harvey s'affiche par ailleurs allègrement sur les réseaux sociaux, dans des vidéos et sur L'Étincelle, organe d'information anarchiste, où il affirme avoir donné tout récemment encore une conférence à des felquistes et incite des militants étrangers à s'introduire au Canada pour appuyer sa cause.

À lire aussi: 

EXCLUSIF: En plein délire, un journaliste veut attaquer Énergie Est

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Julie Lambert julie.lambert@tc.tc Publié le 14 mars 2016

Le résident de Saint-Ours, François Harvey, doit respecter de nombreuses conditions de remise en liberté.

©Photo gracieuseté



ENQUÊTE. Il avait promis au juge lors de son enquête pour remise en liberté de ne plus s’impliquer dans cette cause. Mais François Harvey remet ça et a annoncé dans un courriel envoyé au journal Les 2 Rives, le 10 mars, qu'il relance le projet de « zone à défendre » (ZAD), pour lequel il s'est entraîné militairement.

Pour connaître les détails de l'histoire et les plans de François Harvey, cliquez ici.

Les policiers l’ont arrêté à son domicile de Saint-Ours, le 14 mars, puisqu’il a brisé une de ses nombreuses conditions de remise en liberté en faisant la promotion de son projet contre le pipeline Énergie Est. L’accusé devait revenir en cour le 2 mai prochain, mais il comparaîtra le 15 mars, à 11h, au palais de justice de Sorel-Tracy.

Toute une nouvelle!!!, écrit-il: « L'Étincelle (un journal révolutionnaire en ligne que dirige Harvey) annonce aujourd'hui la relance du projet de ZAD. » Une ZAD est un néologisme militant utilisé pour désigner une forme de squat à vocation politique destiné à s’opposer à un projet d’aménagement.

Et sur sa page web il ajoute: « Énergie Est ne passera jamais au Québec. Les Anglais vont devoir ravaler leur pétrole et le retourner à la terre. Nous ne les laisserons jamais faire. Jamais. Ils peuvent aller se faire foutre, eux, et tous les traîtres à la nation québécoise que sont les Trudeau, Couillard, et consorts (…) Et ce n'est pas les flics ni des procureurs pourris qui vont nous empêcher d'avancer. »

Électrochocs

La nouvelle serait moins inquiétante s'il n'était question de l'état de santé mentale de l'ex-journaliste, lequel a déjà révélé sur les médias sociaux avoir été soumis à des traitements d'électrochocs, dans le passé, en raison de sa condition précaire. Sont préoccupantes aussi les circonstances mêmes qui ont entouré les préparatifs quasi-militaires de l'opération qu'il projette toujours de mener à terme, ainsi que l'accusation d'avoir « fabriqué une substance explosive dans l’intention de mettre en place une opposition au projet Énergie Est. »

Lors de l’enquête sur remise en liberté, au palais de justice de Sorel-Tracy, la procureure de la Couronne, Marie-Josée Bergeron, a relaté que lors de l’avortement de son opération, en novembre 2015, l’accusé avait indiqué que le regroupement avait décidé de remettre le projet d'occupation « à plus tard. »

« Notre 2e tentative sera plus fructueuse (…) Je suis pacifique, mais si on m’attaque et qu’on tente de me déloger de la ZAD, je suis prêt à me défendre », avait déclaré Harvey aux policiers.

Devant le juge Denys Noël, l'agent de probation chargé du suivi de l'accusé a dit, lui, estimer que ce dernier ne représentait pas un risque à moyen terme puisqu’il avait pris "conscience de la gravité de son geste". Il pouvait cependant y avoir risque de récidive s’il demeurait "près de ce milieu".

Mais l’accusé promettait de se tenir loin du mouvement. Sa conjointe a donc accepté de déposer une caution de 1000$ en faveur de sa libération, le 8 janvier. Une promesse que son conjoint n’a pu tenir.

Cannabis et bipolarité

L’avocate de la Couronne a longuement discouru sur la problématique de consommation de l’homme de 60 ans qui souffre d’un trouble de bipolarité depuis 1978 et consomme du cannabis quotidiennement.

Cette problématique peut présenter un risque de récidive, a-t-elle dit, puisque l’accusé a des difficultés à suivre sa médication, ce qui peut déclencher des psychoses lors de la prise de stupéfiants.

Il faut savoir par ailleurs que Harvey a un antécédent de voies de fait avec une arme prohibée datant de 2013, lequel découle d’un précédent  épisode de psychose. Après hospitalisation, il avait alors été jugé non criminellement responsable de ces faits.

En janvier dernier, l'avocat de la défense, Christian Crevier, a plaidé pour que des conditions spécifiques entourent la remise en liberté de son client. Le juge Noël a tenu compte de l'absence d’antécédents judiciaires et du fait que l'accusé ne fréquentait pas le milieu criminel pour le remettre en liberté sous de strictes conditions.

« C’est plutôt un problème de santé mentale qui vous a amené à adopter cette cause fanatique et qui vous a amené à dépenser des sommes extraordinaires. La dernière fois que vous avez été remis en liberté, vous avez respecté les conditions », a noté le juge.

Certaines conditions de libération de François Harvey

- S'abstenir de consommer toute boisson alcoolisée et d'en avoir en sa possession  

- de posséder et de porter des armes offensives ou à usage restreint, ou des imitations d'arme (…) ou des substances explosives, des couteaux, des armes blanches.

- Rencontrer son médecin psychiatre et prendre la médication prescrite par son médecin.

-S'abstenir de posséder ou de faire usage de drogues, sauf sur ordonnance médicale.

-Interdiction de posséder tout équipement pouvant servir pour la défense de tout groupe pouvant s'associer: incluant équipement d'armée, bombes, poivre de Cayenne, explosif, couteaux, mèches, cocktail Molotov, masque à gaz, génératrice, tente, casque, uniforme, habit de camouflage, jumelles et <I>flairs<I>.

- Interdiction de tout contact avec les groupes environnementaux incluant le ZAD et/ou d'en faire la promotion.

- Ne pas communiquer de quelque façon que ce soit avec le ZAD.

Une mission qui l'a conduit en France

Sur les réseaux sociaux et dans de nombreux courriels, François Harvey s'affiche ouvertement comme ZADiste (de l'acronyme ZAD - zone à défendre).

Dans une déclaration écrite, la conjointe de M. Harvey qualifie l’homme d’"activiste révolutionnaire et d’anarchiste". Elle raconte que dans les derniers mois, l’accusé a appris l’existence des ZAD et s’est rendu en France pour un séjour de plusieurs semaines en septembre, lors duquel il s'est familiarisé avec les techniques d'occupation.

Un citoyen français aurait séjourné chez Harvey le mois suivant.

Ces rencontres auraient encouragé l'ex-journaliste à poursuivre son projet, selon sa conjointe. Elle l’aurait vu fabriquer des cocktails Molotov et était au courant qu’il gardait dans son cabanon plusieurs objets destinés au combat.

Harvey s'affiche par ailleurs allègrement sur les réseaux sociaux, dans des vidéos et sur L'Étincelle, organe d'information anarchiste, où il affirme avoir donné tout récemment encore une conférence à des felquistes et incite des militants étrangers à s'introduire au Canada pour appuyer sa cause.

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