Les îles de Sorel baignent dans une eau grandement polluée

Sauf à la hauteur du parc Maisouna et du chenal du Moine

Louise Grégoire-Racicot louise.gregoire-racicot@tc.tc Publié le 3 décembre 2015

Gilbert Cabana au moment où il prélevait des échantillons, à Sainte-Anne-de-Sorel, le 13 novembre dernier.

©Photo: TC Média – Sarah-Ève Charland

L’étude d’un chercheur de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Gilbert Cabana, révèle que les eaux des îles de Sorel sont terriblement polluées et ce, depuis fort longtemps. À tel point que le déversement récent des eaux usées montréalaises n’y a rien changé.

J’ai été surpris de constater que les valeurs des particules en suspension étaient aussi hautes.

Gilbert Cabana

Les 19 échantillons prélevés à trois dates différentes démontrent aussi qu’à Sorel-Tracy, à la hauteur du parc Maisouna, l’eau qui arrive sur les berges est paradoxalement propice à la baignade (moins de 200 coliformes fécaux par 100 ml), tout comme celle du chenal du Moine à Sainte-Anne.

Contrairement à l’eau du chenal de navigation au centre du fleuve qui, à cette hauteur, est de mauvaise qualité (1050 à 4350 coliformes).

Mais dès qu’elle atteint les îles, sur la rive nord comme sur la rive sud, dans le chenal aux Corbeaux et près de l’ile Lapierre, elle est gravement dégradée, atteignant des valeurs de plus de 5000 coliformes par 100 ml.

Constatations qui ont même amené le chercheur à se demander si cette région mérite encore son titre de Réserve mondiale de la Biosphère de l’UNESCO.

Surpris

Ces résultats ont surpris M. Cabana, confiait-il, lors d’une entrevue téléphonique. « Je ne m’attendais pas à de grands changements dans la qualité de l’eau dans les îles après le déversement, mais j’ai été surpris de constater que les valeurs des particules en suspension soient aussi hautes. »

Le ministère avait archivé des valeurs semblables il y a plusieurs années, ce qui lui fait dire que ce n’est pas d’hier que la situation persiste. « Les Sorelois vivent à proximité de cette eau de mauvaise qualité depuis des années. À Sorel, on vit tous les jours ce que Montréal a vécu quelques jours », déplore-t-il.

Mais comme aucune étude épidémiologique n’a été menée dans ce secteur, il ne peut dire si cette eau peut présenter des dangers pour la santé de ceux qui y circulent. « Certainement qu’on peut imaginer que certains ont pu développer des otites ou des gastrites à son contact » note-t-il.

Enfin il spécifie que l’impact du déversement, même mineur, a été plus important sur la rive nord que sur la rive sud et au centre du fleuve.

Un poumon

Autre remarque: le lac Saint-Pierre agit comme un poumon. Il filtre l’eau, ce qui fait en sorte qu’en aval du lac, elle redevient propre, propice à la baignade.

Ainsi, le lac Saint-Pierre, conclut-il, est comme une station de filtration additionnelle pour la Ville de Montréal. « Il ne faut pas dramatiser la situation, mais il y a là une importante prise de conscience à faire. Ce plan d’eau retient quantité de matières polluantes qui affectent son écosystème. Des herbiers disparaissent. Mais si on peut désinfecter l’eau de Montréal, retirer bactéries et virus qu’on y trouve, ce sera déjà un pas en avant. »

Une goutte d’eau de plus

« Voilà une goutte d’eau qui se rajoute à ce que nous savions déjà », dit la biologiste Anne-Marie Dulude. Le lac était déjà fragilisé, sous haute pression.

« C’était à prévoir. En amont, rien n’est fait. Alors que l’on devrait éduquer, exécuter des travaux, traiter les produits rejetés dans l’urine (antidépresseurs, hormones), on ne règle pas non plus les problèmes de surverse. Si tu ne prends pas soin de ton milieu, les espèces disparaissent. » C’est le cas de la perchaude, dit-elle.

« On doit donc se pencher tant sur l’érosion des sols que sur les produits chimiques déversés par des pratiques agricoles d’aujourd’hui, et sur les surverses. Changer nos façons de faire pour conserver l’environnement, les milieux humides, les eaux propices aux frayères. À la vie! »

Mais le dialogue commence à peine, note-t-elle. « Nous devons faire pression sur Montréal mais aussi revoir nos propres stratégies. »

En manchette

Olivier Daneau couronné

GOLF. Le golfeur Olivier Daneau a emporté les honneurs chez les amateurs à l'Omnium printanier de golf, à Beaconsfield, hier, au terme d'un tournoi interrompu par les intempéries.

Les îles de Sorel baignent dans une eau grandement polluée

Sauf à la hauteur du parc Maisouna et du chenal du Moine

Louise Grégoire-Racicot louise.gregoire-racicot@tc.tc Publié le 3 décembre 2015

Gilbert Cabana au moment où il prélevait des échantillons, à Sainte-Anne-de-Sorel, le 13 novembre dernier.

©Photo: TC Média – Sarah-Ève Charland


L’étude d’un chercheur de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Gilbert Cabana, révèle que les eaux des îles de Sorel sont terriblement polluées et ce, depuis fort longtemps. À tel point que le déversement récent des eaux usées montréalaises n’y a rien changé.

J’ai été surpris de constater que les valeurs des particules en suspension étaient aussi hautes.

Gilbert Cabana

Les 19 échantillons prélevés à trois dates différentes démontrent aussi qu’à Sorel-Tracy, à la hauteur du parc Maisouna, l’eau qui arrive sur les berges est paradoxalement propice à la baignade (moins de 200 coliformes fécaux par 100 ml), tout comme celle du chenal du Moine à Sainte-Anne.

Contrairement à l’eau du chenal de navigation au centre du fleuve qui, à cette hauteur, est de mauvaise qualité (1050 à 4350 coliformes).

Mais dès qu’elle atteint les îles, sur la rive nord comme sur la rive sud, dans le chenal aux Corbeaux et près de l’ile Lapierre, elle est gravement dégradée, atteignant des valeurs de plus de 5000 coliformes par 100 ml.

Constatations qui ont même amené le chercheur à se demander si cette région mérite encore son titre de Réserve mondiale de la Biosphère de l’UNESCO.

Surpris

Ces résultats ont surpris M. Cabana, confiait-il, lors d’une entrevue téléphonique. « Je ne m’attendais pas à de grands changements dans la qualité de l’eau dans les îles après le déversement, mais j’ai été surpris de constater que les valeurs des particules en suspension soient aussi hautes. »

Le ministère avait archivé des valeurs semblables il y a plusieurs années, ce qui lui fait dire que ce n’est pas d’hier que la situation persiste. « Les Sorelois vivent à proximité de cette eau de mauvaise qualité depuis des années. À Sorel, on vit tous les jours ce que Montréal a vécu quelques jours », déplore-t-il.

Mais comme aucune étude épidémiologique n’a été menée dans ce secteur, il ne peut dire si cette eau peut présenter des dangers pour la santé de ceux qui y circulent. « Certainement qu’on peut imaginer que certains ont pu développer des otites ou des gastrites à son contact » note-t-il.

Enfin il spécifie que l’impact du déversement, même mineur, a été plus important sur la rive nord que sur la rive sud et au centre du fleuve.

Un poumon

Autre remarque: le lac Saint-Pierre agit comme un poumon. Il filtre l’eau, ce qui fait en sorte qu’en aval du lac, elle redevient propre, propice à la baignade.

Ainsi, le lac Saint-Pierre, conclut-il, est comme une station de filtration additionnelle pour la Ville de Montréal. « Il ne faut pas dramatiser la situation, mais il y a là une importante prise de conscience à faire. Ce plan d’eau retient quantité de matières polluantes qui affectent son écosystème. Des herbiers disparaissent. Mais si on peut désinfecter l’eau de Montréal, retirer bactéries et virus qu’on y trouve, ce sera déjà un pas en avant. »

Une goutte d’eau de plus

« Voilà une goutte d’eau qui se rajoute à ce que nous savions déjà », dit la biologiste Anne-Marie Dulude. Le lac était déjà fragilisé, sous haute pression.

« C’était à prévoir. En amont, rien n’est fait. Alors que l’on devrait éduquer, exécuter des travaux, traiter les produits rejetés dans l’urine (antidépresseurs, hormones), on ne règle pas non plus les problèmes de surverse. Si tu ne prends pas soin de ton milieu, les espèces disparaissent. » C’est le cas de la perchaude, dit-elle.

« On doit donc se pencher tant sur l’érosion des sols que sur les produits chimiques déversés par des pratiques agricoles d’aujourd’hui, et sur les surverses. Changer nos façons de faire pour conserver l’environnement, les milieux humides, les eaux propices aux frayères. À la vie! »

Mais le dialogue commence à peine, note-t-elle. « Nous devons faire pression sur Montréal mais aussi revoir nos propres stratégies. »