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À cinq semaines de la fin de sa mission en Afghanistan

Le caporal Alain Lacasse perd ses illusions 0

Par Patrick Turgeon

La mission du caporal sorelois Alain Lacasse en Afghanistan se terminera au mois de février prochain. Un moment qu'il anticipe déjà avec joie et grand soulagement.

La mission du caporal sorelois Alain Lacasse en Afghanistan se terminera au mois de février prochain. Un moment qu'il anticipe déjà avec joie et grand soulagement.

Six mois après avoir quitté le pays, transporté par un réel désir de changer les choses en Afghanistan, un pays en guerre depuis plusieurs années, le caporal sorelois Alain Lacasse, du deuxième bataillon du 22e régiment des Forces armées canadiennes de la base militaire de Valcartier vit une grande fatigue physique et morale. Avec encore cinq semaines à faire dans ce pays situé à 12 000 kilomètres de sa conjointe, de ses fils et des gens qu'il aime, il voit la fin de sa mission approcher avec soulagement et se dit déçu d'avoir perdu des amis au combat alors que la cause ne donne pas les résultats auxquels il s'attendait avant son départ.

En direct de l'Afghanistan jeudi après-midi, le caporal Lacasse ne semblait pas avoir du tout la même passion qu'en juillet 2007 lorsque nous l'avons rencontré, à quelques semaines de son grand départ pour Kandahar. «Mon moral est encore bon, je suis toujours aussi fier de servir mon pays, mais je suis déçu car ce n'est pas à quoi je m'attendais lorsque j'ai accepté de participer à la mission. L'armée, c'est toute ma vie, mais je suis déçu de voir que nous sommes dans un tunnel sans fin. Nous essayons de les sortir du tunnel, mais la corruption fait en sorte qu'on ne parvient à ne changer que très peu de choses. Et pendant ce temps, il y a des Canadiens qui meurent au combat. J'ai de la misère à accepter une telle situation», nous a-t-il avoué, admettant aussi que le sourire vient moins facilement au visage qu'il y a six mois.

En ce sens, le caporal Lacasse nous écrivait, deux jours plus tôt, un courriel évocateur : «Désolé de n'avoir pu vous donner de mes nouvelles avant, mais j'étais sur une opération. Tout a bien été, à l'exception que deux de mes amis sont morts après que leur VBL ait tombé dans un ravin d'une hauteur de 20 pieds (sept mètres). Ils ont été éjectés et écrasés par le VBL de 20 tonnes. Ça me fait vraiment ch. à cinq semaines de la fin de notre mission. Ces deux soldats étaient entrés dans l'armée en même temps que moi. Leur décès m'attriste beaucoup. Ayez une pensée pour eux et leurs familles. J'ai fait mon temps. Je suis fatigué et j'ai vraiment hâte que ça finisse. J'espère ne plus perdre aucun confrère à la guerre», a-t-il indiqué, ajoutant naturellement s'ennuyer beaucoup de sa conjointe et de ses deux fils.

Cet ennui, c'est ce qui rend la mission encore plus difficile à vivre dans son dernier droit. D'ici la mi-février, le caporal Lacasse devra participer à trois patrouilles dont la durée lui est inconnue. Il quittera ensuite l'Afghanistan pour Chypre où il y passera cinq jours avec des travailleurs sociaux afin de vivre une période de décompression avant de rentrer au pays. Il doit arriver à Québec dans les derniers jours de février. «Je me sens comme un nageur qui a entrepris une très longue traversée. Je vois la rive et des gens m'encourager à compléter la distance. J'espère seulement qu'un requin ne viendra pas me manger avant que je sorte de l'eau», a-t-il mentionné à titre figuratif, faisant référence au fait que quelques soldats canadiens et québécois ont perdu la vie, ces dernières semaines, sur un terrain toujours hostile.

Des conditions difficiles

Depuis le début de la nouvelle année, la situation est loin d'être rose. Il pleut sur une base régulière, il fait très froid (en moyenne -10 degrés Celsius) et le sol est très boueux et instable. «Depuis le 2 janvier, nous avons couché la plupart du temps dans la boue en dessous du camion. Ce soir, (jeudi 10 janvier), c'est seulement la troisième nuit que je passe au chaud en 2008. Je suis fatigué car je n'arrive plus à bien dormir. Je vois la fin de ma mission approcher lentement et j'en suis heureux. Je me sens seul dans mon monde malgré les liens tissés serrés entre les soldats. C'est ma cinquième mission depuis mon entrée dans l'armée mais de loin la pire à laquelle j'ai dû participer. Ça fait six mois que je suis ici et j'ai hâte que l'aventure se termine malgré la fierté que j'éprouve encore de servir mon pays.»

Enfin, il s'est fait rassurant pour ses proches : «Ne vous inquiétez pas pour moi. Tout va bien dans l'ensemble. Je repars au début de la semaine (vers le 15 janvier) car je dois refaire d'ici là mes forces, nettoyer mes armes et mon équipement et regarnir nos provisions. Il ne me reste que trois sorties officielles sur le terrain, mais on se doit toujours d'être extrêmement prudents car des accidents, ça arrive très vite en pays de guerre. Les routes sont très mal construites et avec les pluies et le froid, elles ne supportent pas le poids de nos VBL. Nous restons pris partout. C'est vraiment difficile. Os ... de pays», a conclu le caporal Lacasse, la voix parfois nouée par l'émotion causée par les deux récents décès de soldats canadiens.